Fixité et mouvement, dynamique d'une relation dans les Mémoires d'Hadrien Marguerite Yourcenar

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Introduction

Cet article, écrit en préparation d’un cours portant sur le programme de 1ère pour l’épreuve anticipée de Français du Baccalauréat 2021, est né d’une résistance particulière du texte des Mémoires d’Hadrien au regard de la problématique du parcours associé à cette œuvre.

Ce parcours s’intitule : « Soi-même comme un autre ». Il pourrait inviter, dans l’œuvre romanesque, à scruter les traces que laissent, inévitablement pense-t-on, l’histoire et la personnalité de l’auteur sur la façon dont sont présentés les personnages et retracés les événements.

Dans les Mémoires d’Hadrien, une première résistance à cet égard provient de la richesse et de la précision documentaire du texte de Marguerite Yourcenar. Solidement étayée par une parfaite maîtrise des sources historiques, associée à une connaissance riche et précise de l’époque, des peuples et des personnages évoqués, cette œuvre, plus que de l’ « autobiographie fictive » si souvent mise en avant pour l’expliquer, relève d’une reconstitution historique méticuleuse. Quelle place cette reconstitution laisse-t-elle à l’expression des thématiques propres à l’auteur, à son époque, à son imaginaire ?

La narration à la première personne inviterait à rechercher dans le personnage d’Hadrien les traces d’une subjectivité de Marguerite Yourcenar : cependant, elle fustige cette interprétation dans les Carnets, en des termes sans équivoque : « Grossièreté de ceux qui vous disent : « Hadrien, c’est vous. » ». Il devient donc nécessaire d’approcher l’expression de la subjectivité de l’auteur de façon plus subtile que par la simple identification au personnage narrateur. Dans la suite de cette note, Marguerite Yourcenar inscrit par ailleurs son œuvre dans le contexte de l’incantation, de l’invocation quasi-magique des personnages du passé, invitant presque à s’en laisser posséder : 

Le sorcier qui se taillade le pouce au moment d’évoquer les ombres sait qu’elles n’obéiront à son appel que parce qu’elles lapent son propre sang. Il sait aussi, ou devrait savoir, que les voix qui lui parlent sont plus sages et plus dignes d’attention que ses propres cris.

(Carnets des Mémoires d’Hadrien, emplacement 4001 / p. 341) 

Pour arriver à une appréhension plus subtile de l’expression de sa subjectivité dans les Mémoires d’Hadrien, il nous a paru justifié, et utile, de tenter de dégager un fonctionnement esthétique et un imaginaire de cette œuvre. Ce faisant, nous nous sommes peu à peu défaits d’une lecture uniquement historique de ce texte si historiquement renseigné. Nous nous sommes éloignés de son interprétation comme témoignage, encore plus de son interprétation comme autobiographie, fût-elle fictive.

Dans cet article, c’est ce trajet, cette prise de distance et, finalement, cette meilleure appréhension de l’œuvre au regard de la thématique posée, que nous avons voulu présenter.

En guise de point de départ, nous avons simplement commencé par considérer les différents lieux géographiques mentionnés, et leur organisation ; cela nous a conduit à questionner les caractéristiques et les positionnements des deux principaux personnages : Antinoüs, et Hadrien.

 

Plan de l'article à lire dans son intégralité sur la Page des Lettres de l'académie de Versailles

1. L’empereur en mouvement : les lieux et leurs valeurs

2. Antinoüs, l’enfant mobile

3. Le vivant, la mort et le divin

4. Marguerite Yourcenar et Hadrien

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