Lugdunum - La colline du dieu gaulois Lug à Lyon

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La fondation légendaire de Lugdunum

D’après une légende rapportée par un texte grec d’Archélaos, datant peut-être du IVe siècle avant J.-C., le Περὶ ποταμῶν / Peri potamôn, puis reprise par le texte latin De fluviis du pseudo-Plutarque au IXe siècle après J.-C., la cité de Lugdunum devrait sa création à deux personnages celtes, le druide Momoros et son frère, le roi Atepomaros. En 390 avant J.-C., lorsque les Gaulois prennent Rome d’assaut sous la conduite de Brennus, ces deux hommes, chassés du pouvoir par l’usurpateur Sésèroneus, conseillés par un oracle, s’installent sur la colline de Fourvière, pour y fonder une cité. Au moment où l’on trace le pomœrium, le sillon sacré délimitant la ville, apparaît une multitude de corbeaux aux alentours. Comme, en Gaulois, le mot « corbeau » se dit lougos et « la colline » dounon, ils choisissent de nommer la cité Lugdounon, c’est-à-dire « la colline des corbeaux », le corbeau étant aussi l’animal totem du dieu gaulois Lug, ce qui explique que Lugdunum soit aussi considérée comme « la colline du dieu Lug ». Cette légende n’est pas sans rappeler la fondation de Rome elle-même par la présence des jumeaux et celle des oiseaux.

Une autre hypothèse expliquerait l’étymologie du toponyme par son origine gauloise, leucos signifiant « brillant, clair » en gaulois, mot provenant d’une racine indo-européenne *leuk- qui signifie « briller », le dieu gaulois Lug étant le dieu du Soleil et de la Lumière. Ainsi, dans l’Apokolokyntosis (VII, 2) – ou Apocoloquintose du divin Claude, racontant la transformation en citrouille aux Enfers de l’empereur né à Lyon – le philosophe Sénèque décrit ainsi la lumière de Lugdunum : « Vidi duobus imminens fluuiis iugum, Quod Phoebus ortu semper obuerso uidet, Vbi Rhodanus ingens amne praerapido fluit Ararque, dubitans quo suos cursus agat, Tacitus quietis adluit ripas uadis. » (Je vis, dominant deux fleuves, un sommet / Que chaque jour Phébus regarde à son lever, / Là où le Rhône immense précipite son flot, / Et où la Saône, hésitant sur le sens de son cours, / Sans bruit baigne ses rives d'une onde tranquille.)

L’histoire de Lugdunum

D’après l’archéologie, on sait que les quartiers de Vaise et de Fourvière ont été habités depuis la préhistoire, que des populations gauloises se sont installées dans cet emporion (comptoir de commerce) sur les bords de l’Arar (la Saône) pour pratiquer le commerce, du vin en particulier, avec l’Empire romain dès le IIe siècle avant J.-C. et qu’une fortification gauloise, un murus gallicus, protégeait la cité.

La seule source relatant les circonstances de la création de la ville est un texte du IIIe siècle après J.-C., tiré de l’Histoire romaine de Dion Cassius. Il rapporte que, lors de la guerre civile opposant Marc-Antoine au Sénat romain, le lieutenant Lucius Munatius Plancus, gouverneur des Gaules et ancien lieutenant de César pendant la guerre des Gaules, ainsi que Lépide, alors gouverneur de la Gaule narbonnaise, restent fidèles à César. Le Sénat leur demande d’abord de revenir à Rome pour leur prêter main forte face à Marc-Antoine. Mais un lieutenant de Lépide, parti en éclaireur, s’allie aux troupes de Marc-Antoine. Inquiet de ce revers, le Sénat demande à Munatius et à Lépide de rester en Gaule, ce qui permet d’éviter une opposition frontale grandissante. Lépide est ensuite proclamé ennemi public en 43 avant J.-C. car il se rallie à Marc-Antoine ; c’est donc à Munatius seul qu’est confiée la fondation de la cité, comme le prouvent l’épitaphe inscrite sur sa tombe, à Gaète, près de Naples, en Italie mais aussi l’épitaphe de Lucius Munatius Plancus exposée au musée gallo-romain de Lyon.

L’histoire de Lugdunum proprement dite commence en 43 avant J.-C. : après l’assassinat de César en 44, les Allobroges, c’est-à-dire des Gaulois installés à Vienne, décident de chasser les colons romains installés dans leur cité : ces derniers se réfugient plus au Nord, au bord du Rhône.

C’est alors que le Sénat romain donne à Munatius les pouvoirs religieux, civils et militaires pour fonder une colonie romaine, la Colonia Copia Felix Munatia Lugdunum, « l’heureuse et prospère colonie fondée par Munatius, Lugdunum ». C’est une mission compliquée pour Munatius car il s’agit de conserver comme alliés les Allobroges dans le territoire gaulois récemment conquis. Or, fonder une ville à proximité de Vienne, c’est assurer l’implantation des Romains en territoire gaulois sans pour autant leur déclarer la guerre.

Les premiers habitants sont des vétérans de l’armée romaine qui ont combattu en Afrique sous les ordres de Munatius. La ville s’installe d’abord sur le plateau de Fourvière puis sur la presqu’île située entre le Rhône et la Saône et enfin sur la rive droite de la Saône. Il s’agit d’un emplacement stratégique, permettant d’accéder à la principale voie de circulation fluviale du Rhône, qui relie la cité à la Méditerranée et donc à Rome.

Au cours de la fin du Ier siècle avant J.-C., l’empereur Auguste divise la Gaule celtique en trois provinces : la Lyonnaise, la Belgique et l’Aquitaine. Lugdunum devient la caput Galliarum /« tête (de voies) » de la Gaule lyonnaise mais pas une capitale politique car elle ne possède pas d’institutions propres etdépend du pouvoir centralisé à Rome ; on ne peut donc pas parler de « capitale » au sens strict. En revanche, elle est le centre administratif de plusieurs provinces ; elle possède un atelier qui frappe monnaie pour tout l’Empire ; elle est au centre d’un réseau routier essentiel, développé par Agrippa, le gendre d’Auguste expert en génie civil. Ainsi, quatre voies partent de Lugdunum : la voie de Narbonnaise qui relie Lugdunum à l’Italie par Vienne et la vallée du Rhône, la voie d’Aquitaine qui dessert Bordeaux et Saintes, la voie de l’Océan qui irrigue la province de la Lyonnaise, et la voie du Rhin qui atteint Strasbourg. La cité est en plein essor et se dote de tous les monuments romains propres à une cité florissante : théâtre, amphithéâtre, cirque, thermes, aqueducs…

En 12 avant J.-C., la cité devient le lieu de réunion du Conseil des Gaules, rassemblant les délégués d’une soixantaine de tribus gauloises : c’est la création par Drusus, le beau-fils d’Auguste, du sanctuaire fédéral des Trois Gaules, dédié au culte impérial, qui se tient chaque année dans l’amphithéâtre situé sur les pentes de la Croix-Rousse et qui élit son représentant portant le titre de sacerdos (prêtre), titre honorifique prestigieux cumulant des charges politiques et religieuses.

En 41 après J.-C., l’empereur Claude, fils de Drusus, né à Lyon en 10 avant J.-C., prend le pouvoir et rebaptise la colonie qui se nomme alors Colonia Copia Claudia Augusta Lugdunum, « la prospère colonie de Claude, descendant d’Auguste, Lugdunum ». La cité s’étend sur 350 hectares environ : c’est l’une des plus grandes de Gaule. En 48 après J.-C., Claude prononce devant le Sénat un discours qui accorde aux élites des trois provinces de la Gaule « chevelue » (à savoir recouverte de forêts) l’accès à la magistrature publique à Rome. Les représentants des peuples gaulois, reconnaissants, font graver ce discours sur une plaque de bronze. Ce texte est rapporté par Tacite dans ses Annales et attesté par la Table Claudienne retrouvée dans l’amphithéâtre des Trois Gaules.

En 64 après J.-C., sous Néron, survient à Rome un grand incendie. Les notables de Lugdunum apportent leur aide financière à Rome. En 65 après J.-C., la cité de Lugdunum est elle-même victime d’un grand incendie qui touche la ville basse et qui est mentionné par Sénèque et Tacite ; c’est au tour de Rome de subvenir aux besoins de Lugdunum. En revanche, l’empereur Néron ôte la frappe des monnaies d’or et d’argent à l’atelier monétaire de Lugdunum pour ne laisser subsister que la frappe du bronze.

En 68 après J.-C., le légat de la Gaule lyonnaise, Vindex, pousse les délégués des Trois Gaules à s’insurger contre Néron, mais son armée est vaincue par l’armée de Germanie supérieure. Galba, gouverneur d'Espagne, se révolte à son tour contre Néron. Les dissensions entre Lugdunum et Vienna (Vienne) s’accentuent : Lugdunum est fidèle à Néron alors que Vienna soutient Galba et assiège Lugdunum, sans parvenir toutefois à s’en emparer. Après la mort de Néron en 68 après J.-C. et la prise de pouvoir par Galba, le conflit entre les deux cités s’arrête temporairement. Mais Galba confisque l’impôt versé par Vienna à Lugdunum depuis 43 avant J.-C. au profit de l’État romain. En 69 après J.-C., l’armée du Rhin de Vitellius affronte Othon, l’assassin de Galba et nouvel empereur nommé par le Sénat ; Othon, vaincu, se suicide et Vitellius prend le pouvoir. Le légat de la Gaule lyonnaise, Julius Blaesus, prend le parti de Vitellius et accueille l’armée romaine conduite par Fabius Valens à Lugdunum. Selon Tacite, les habitants de la cité profitent de la présence des troupes romaines pour tenter de piller Vienna, ce à quoi se refuse Valens mais Vienna, soumise, doit livrer ses armes et fournir des subsides à l’armée romaine. Par ailleurs, à Lugdunum, Vitellius fait livrer aux bêtes le Boïen Marie, chef d'une révolte gauloise.

Au Ier siècle après J.-C., Lugdunum prospère et se développe grâce à la Pax romana (Paix romaine) et grâce aux largesses des évergètes, des notables qui font profiter la cité de leur richesse : la population de la cité augmente et s’installe sur la presqu’île dans des canabae (baraques servant aussi d’entrepôts commerciaux) ; le commerce fluvial des nautes (bateliers) se développe grâce à la création de zones portuaires en bord de Saône ; la ville se dote d’un cirque et d’un odéon dédié aux concours d’éloquence, selon le modèle gréco-romain, ce qui est un rare privilège pour l’époque. D’autres monuments sont transformés et/ou agrandis : un nymphée monumental ou des latrines sont peut-être bâtis entre le théâtre et l'odéon ; le théâtre et l'amphithéâtre sont également agrandis ; la construction de quatre aqueducs est achevée au milieu du IIe siècle après J.-C., alimentant de nouveaux thermes ; une voie reliant Lugdunum à Vienna, appelée compendium (chemin de traverse), est créée par l’empereur Claude. La cité tient ainsi une place capitale au sein de l’Empire romain.

Plusieurs empereurs passent ou séjournent à Lugdunum, dont Tibère en 16-15 avant J.-C., Auguste en 15 et en 8 avant J.-C., Caligula en 39-40 après J.-C., Claude en 41 après J.-C., Domitien en 69-70 après J.-C. et vraisemblablement Hadrien autour de 121 à 126 (?) après J.-C. Cela témoigne de l’importance de la cité. Cependant, si Strabon, au Ier siècle avant J.-C., désigne la ville comme une ἀκρόπολις / akropolis (acropole), Pline le Jeune, au Ier siècle après J.-C., s’étonne d’y trouver des librairies, comme il l’écrit dans sa lettre adressée à Géminus (IX, 11) : « Bibliopolas Lugduni esse non putabam ac tanto libentius ex litteris tuis cognovi venditari libellos meos, quibus peregre manere gratiam quam in urbe collegerint delector. » (Je ne savais pas qu'il y eût des libraires à Lyon, et c'est avec d'autant plus de plaisir que j'ai appris par votre lettre que mes ouvrages s'y vendent.)

La cité est aussi le lieu d’affrontements religieux entre les religions dites « païennes » et le christianisme naissant. En 177 après J.-C., on sait, d’après l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée, que, sous Marc Aurèle, quarante-huit martyrs sont mis à mort dans l’amphithéâtre des Trois Gaules, dont Saint Pothin, un des premiers évêques, et Sainte Blandine.

En 186-188 après J.-C., Lucius Septimus Seuerus, le futur empereur Septime Sévère, est promu légat en Lyonnaise au moment où se révoltent les troupes de Maternus, un soldat romain qui, devenu déserteur puis bandit sous le règne de Commode, prend la tête d'une révolte armée s’alliant aux cités de Gaule, d'Hispanie et des Champs Décumates, région située au Sud-Ouest de la Germanie.

En 188 après J.-C., Marcus Aurelius Antoninus, le futur empereur Caracalla, naît à Lyon.

En 196-197 après J.-C., se déroule une guerre de succession entre l’empereur Septime Sévère, nommé par le Sénat, et Clodius Albinus, le gouverneur de Bretagne. La lutte se termine à Lugdunum par une bataille dont Septime Sévère sort vainqueur. Mais la cité prend parti pour Clodius Albinus, ce qui lui vaut de terribles représailles.

Au IIIe siècle après J.-C., les provinces romaines sont réorganisées et Lyon perd son statut de ville-phare en 297 au profit de Trèves, en Germanie, qui est plus proche de la frontière du Rhin, et de Milan, nouvelle capitale impériale. Le Conseil des Trois Gaules disparaît ; la colline de Fourvière se dépeuple et la population s’installe dans le quartier Saint-Jean, en bord de Saône, près de la résidence de l’évêque, et sur la presqu’île, au rythme de la christianisation progressive de l’Empire romain. Comme on utilise l’eau des fleuves qui traversent la cité, les aqueducs ne servent plus à l’approvisionner. En outre, l’économie de Lugdunum s’étiole.

Par ailleurs, les invasions barbares des Alamans, en 259 après J.-C., déferlent sur la vallée du Rhône, sans pour autant qu’on puisse affirmer que la ville soit détruite. En 274, l’empereur Aurélien lutte contre les Barbares et restaure pour quelques années l’atelier monétaire de Lyon, concurrencé par celui de Trèves, fondé en 294 après J.-C., même s’il perdure jusqu’au Ve siècle après J.-C. En 275 après J.-C., Aurélien réprime férocement les Lyonnais, peut-être à la suite d'une révolte des monetarii (monnayeurs) de l'atelier de Lyon. En 280-281 après J.-C.,  le Gaulois Proculus tente d’usurper le pouvoir, peut-être à Lyon.

À la fin du IIIe siècle après J.-C. et au début du IVe siècle après J.-C., Dioclétien puis Constantin font de nombreuses réformes politiques, militaires, religieuses et économiques, permettant à l’Empire de se relever et de se réunifier pour un temps. Sous l’influence des Chrétiens, Lugdunum devient le siège administratif d’une toute petite province, la Lyonnaise première, alors que la Gaule lyonnaise est divisée en deux puis quatre parties ; la capitale du diocèse des Gaules est déplacée à Trèves en 297 après J.-C. Lugdunum n’a plus ni pouvoir militaire, ni pouvoir civil, sauf pour collecter les impôts.

En 357 après J.-C., Lugdunum repousse l’assaut des Lètes, des tribus d’origine germanique et iranienne, qui tentent de s’imposer lors des troubles liés au passage de l’empereur Julien l’Apostat : ce dernier veut rétablir le paganisme romain et pour cela, il part livrer bataille aux Alamans d’Alsace en passant par Lugdunum.

En 383 après J.-C.,  l’empereur Gratien, trahi, s'enfuit de Lutetia (Paris) ; il est pris et tué à Lugdunum.

À la fin du IVe siècle après J.-C. pour honorer les martyrs, on construit sur les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse, qui ne sont alors plus habitées, des basiliques funéraires entourées de nécropoles. En 390 après J.-C., Ausone, ne mentionne pas Lugdunum dans son Ordre des villes célèbres. Les premières églises chrétiennes sont construites au Ve siècle après J.-C., en réutilisant les anciens monuments comme carrières de pierres : de 381 à 390 après J.-C., Justus (Saint Just) devient Pape.

En 392 après J.-C., l’empereur Théodose publie une série d'édits interdisant le paganisme et le Franc Arbogast fait proclamer Eugène Auguste, peut-être à Lugdunum.

De 400 à 415 après J.-C., on construit la première cathédrale chrétienne de Lugdunum.

De 407 à 410 après J.-C., les invasions barbares s’intensifient : Vandales, Alains, Suèves et Burgondes déferlent à travers la Gaule et dévastent la Lyonnaise mais Lugdunum semble être épargnée. En 437, les Burgondes s’installent sur le territoire de la Lyonnaise première comme foederati (peuple fédéré), c’est-à-dire comme une population ayant passé un traité d'alliance avec l'Empire romain, en échange de quoi ils doivent mettre en œuvre la paix. Ils ne respectent pourtant pas cet accord car en 457, ils s’emparent de la Lyonnaise Première, ce qui entraîne la reconquête de Lugdunum par le magister militum (maître des soldats) romain. En 461 après J.-C., les Burgondes s’installent à nouveau à Lugdunum, dont ils font, avec Trèves, la capitale de leur royaume et ils entretiennent avec les évêques catholiques de Lugdunum de bonnes relations ; ils dominent la région pendant soixante-dix ans environ.

Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 après J.-C., Lugdunum passe sous la domination des Francs en 534 après J.-C.

L’architecture de la cité de Lugdunum

 

Plan de Lugdunum au IIe siècle après J.-C.

Plan de Lugdunum au IIe siècle après J.-C., © C. Berthon

Légende du plan de Lugdunum

 

Située au carrefour des voies navigables et des anciennes routes gauloises, Lugdunum occupe une place stratégique favorisant le déplacement des légions, de l’administration ainsi que le commerce des marchandises entre le monde romain méditerranéen et les régions du Nord de l’Empire. Cependant, le site étant organisé autour de deux collines, celle de Fourvière, la plus anciennement habitée, et celle de La Croix-Rousse, il est difficile de s’y installer.

La cité était vraisemblablement dotée d’une enceinte fortifiée, aujourd’hui disparue, ce qui était un privilège relativement rare accordé par l’empereur en Gaule, comme c’est le cas à Augustudum (Autun) par exemple. D’après les fouilles archéologiques, on peut évaluer les dimensions de cette muraille à une largeur de 1,80 mètres et une longueur de 41 mètres. On sait aussi, d’après Ammien Marcellin (Histoire, XVI, 11, 4), que cette enceinte a protégé la cité des invasions barbares en 357 après J.-C.

Au sommet de la colline de Fourvière, était peut-être situé l’emplacement du forum (1 sur le plan), centre politique, religieux, social et économique de la cité : cet espace est aujourd’hui approximativement occupé par la basilique de Fourvière ; l’étymologie de ce mot provient d’ailleurs du Latin foro vetere qui signifie « vieux forum ».

Au Sud de la colline de Fourvière, on suppose qu’il y avait deux monuments qui ont aujourd’hui disparu : un grand temple et le cirque.

Le temple (2 sur le plan), datant du début du Ier siècle après J.-C.,  occupait un large espace, sur une plate-forme de 120 par 85 mètres. Il était de type gréco-romain, entouré d’un portique sur trois de ses côtés, ce dernier étant soutenu par un cryptoportique (portique souterrain) servant aussi de lieu de stockage, qui était voûté et divisé en deux travées de piliers, mesurant environ 12 mètres et large et 5 mètres de haut. Le temple avait des dimensions imposantes : un périmètre de 32,5 par 42 mètres et des colonnes d’environ 15 mètres de haut. Cet édifice a certainement remplacé des habitations plus anciennes et était peut-être dédié au culte impérial : sur plusieurs plaques de marbres, on a retrouvé des inscriptions mentionnant des empereurs.

Le cirque (3 sur le plan) est un édifice attesté par les sources épigraphiques mais dont la localisation n’est aujourd’hui pas encore certaine. Il devait cependant être situé à proximité de l'aqueduc du Gier dont l'eau était nécessaire à l'alimentation des bassins décorant la spina (mur décoratif situé au centre du cirque) centrale du monument. L’emplacement retenu sur la colline de Fourvière remplissait deux conditions nécessaires : il était à côté de l’aqueduc ; de plus, il était à proximité d’une nécropole, les jeux du cirque et la mort étant souvent liés à l'occasion des jeux funéraires pratiqués dans l’Antiquité.

Sur la terrasse que forme le replat des Minimes subsistent encore deux monuments de spectacle, qui ont été remis à jour au début du XXe siècle : le théâtre et l’odéon. Il s’agit d’un ensemble unique dans le monde romain. En effet, il n’est pas rare de trouver un théâtre dans les cités romaines mais très peu de villes sont aussi dotées d’un odéon, à part Lyon, Vienne et Valence.

Le théâtre (4 sur le plan) est en partie construit sur le modèle grec car il est adossé à la pente de la colline. Cependant il avait aussi les caractéristiques d’un théâtre romain car il était doté d’un mur de scène de plus de 20 mètres de haut, dont il ne subsiste aujourd’hui que le soubassement. Datant de la fin du Ier siècle avant J.-C. et du début du Ier siècle après J.-C., c’est le plus ancien théâtre de la Gaule romaine et l’un des plus grands : il mesure 108 mètres de diamètre. À l’origine, il pouvait contenir environ 5 000 spectateurs sur deux rangées de gradins puis a été agrandi d’une troisième rangée pour avoir une capacité de 11 000 personnes. L’orchestra (orchestre), mesurant 25 mètres de diamètre, était polychrome ; un muret taillé dans le marbre blanc et vert séparait la cavea (gradins) de l’orchestra qui comprenait quatre gradins réservés aux notables.

Derrière le théâtre, se situait certainement le prétoire d’Agrippa (5 sur le plan). Vaste édifice public mesurant 37 par 62 mètres, il a été construit dans les années 20 avant J.-C., probablement au moment du passage à Lugdunum d’Agrippa, le gendre d’Auguste et gouverneur de la Gaule. Il a donc dû aussi servir de résidence personnelle à l’empereur lors de ses déplacements : son plan devait être celui d’une grande maison à atrium (salle d’entrée) et à peristylum (péristyle).

Accolée au prétoire, était certainement située une citerne (5 sur le plan), construite au Ier siècle après J.-C., aux imposantes dimensions : mesurant 26 par 9 mètres, elle avait une capacité estimée de 700 m3. Alimentée par l’aqueduc du Gier, elle était installée dans la cour de l’édifice public au point culminant du site, soit à 287,5 mètres de haut. La partie aujourd’hui visible correspond à la partie inférieure, enterrée, d’une vaste citerne à deux niveaux qui a disparu.

L’odéon (6 sur le plan) est un théâtre plus petit, de 83 mètres de diamètre, réservé aux représentations musicales, aux concours d’éloquence ainsi qu’aux réunions importantes. Sa construction date de la fin du Ier siècle et du début du IIe siècle après J.-C. Il contenait à l’origine deux séries de gradins – il n’en subsiste aujourd’hui qu’une des deux – pouvant accueillir jusqu’à 3 000 spectateurs et il était fermé par un mur de scène. Le pavement polychrome de l’orchestra est particulièrement travaillé ; il comporte plusieurs types de pierres : porphyre vert de Grèce, porphyre rouge d’Égypte, granite d’Égypte, marbre jaune d’Afrique, marbre violet et rouge d’Asie Mineure. Le mur extérieur épais de plus de 6 mètres permettait certainement de supporter une toiture. Comme le théâtre, l’odéon a été transformé en carrière de pierres après son abandon, mais ses ruines sont encore visibles.

Entre le théâtre et l’odéon, se situe un espace qui pourrait être identifié comme des latrines ou un nymphée monumental mais le manque d’élévation de la structure ne permet pas de l’affirmer.

Derrière la cavea de l’odéon (7 sur le plan), étaient situées des boutiques-ateliers ouvrant sur un portique périptère construit sur trois côtés du temple. Ces boutiques étaient peut-être associées à des habitations.

À l’Est de la colline, étaient situés des thermes (8 sur le plan) construits du Ier siècle après J.-C. au IIIe siècle après J.-C. et autour desquels se développait un quartier dense d’habitations, d’ateliers et de boutiques. Comme tout complexe thermal, cet espace contenait un apodyterium (vestiaire), un tepidarium (salle tiède), un frigidarium (salle froide), un caldarium (salle chaude), ainsi qu’un sudatorium (sauna) et des piscinae ou natationes (piscines). Les thermes avaient à la fois une fonction d’hygiène corporelle mais aussi une fonction sociale et culturelle. Il ne subsiste aujourd’hui de cet édifice que l’abside des deux salles chaudes ainsi qu’une partie de la palestre (cour extérieure où l’on pratiquait le sport). Ces thermes étaient alimentés par quatre aqueducs puisant aux sources des massifs montagneux voisins (le Mont d’Or, les Monts du Lyonnais et le Pilat) et aboutissant sur la colline de Fourvière pour approvisionner la ville en eau. Avec plus de 200 kilomètres d’aqueducs, Lugdunum était, avec Rome, une des villes les mieux équipées du monde romain et pouvait déverser environ 30 000 m3 d’eau par jour.

Le quartier d’habitations (9 sur le plan) situé au pied de la colline de Fourvière en bord de Saône était occupé par des maisons disposées en terrasse le long de la colline et décorées de riches mosaïques, traduisant la richesse de la population. On suppose que ce quartier abritait aussi la cohors urbana (cohorte urbaine) qui jouait un triple rôle : elle servait de garde d’honneur, de police municipale et de force militaire ; elle était notamment chargée d'assurer la protection de l'atelier monétaire de Lugdunum. On a retrouvé une citerne souterraine qui servait à alimenter cette cohorte.

Sur l’autre rive, au confluent de la Saône et du Rhône se situaient les canabae (baraques-entrepôts) qui attestent la présence à Lugdunum de corporations de marchands et d’entrepôts ainsi que d’un habitat riche grâce aux somptueuses mosaïques retrouvées.

Au Nord de la ville, sur la colline de la Croix-Rousse, on a découvert très peu de vestiges. Cependant, on situe à cet endroit le sanctuaire fédéral des Trois Gaules (10 sur le plan) et son autel, connu seulement par les représentations monétaires. On suppose que la Table claudienne – constituée d’une grande plaque de bronze sur lequel est gravé le discours prononcé par l’empereur Claude en 48 après J.-C.– était affichée là où se réunissait l’assemblée fédérale des Trois Gaules. Ce texte accorde officiellement aux notables des trois provinces de la Gaule « Chevelue », et en particulier les Eduens, l’octroi des droits politiques, le jus honorum, qui leur permet d’entrer au Sénat et d’accéder aux grandes charges sénatoriales de l’Empire.

Sur la colline de la Croix-Rousse, on a aussi retrouvé les vestiges de l’amphithéâtre (11 sur le plan). D’après la dédicace de l’amphithéâtre, on peut recueillir plusieurs informations :

  • La construction de ce monument daterait du règne de Tibère ; les archéologues le datent de 19-20 après J.-C.
  • Le nom de celui qui a financé la construction de l’amphithéâtre était Caius Iulius Rufus. Il était d’origine gauloise, de la tribu des Santons, territoire autour de la ville de Saintes, en Charente-Maritime. L’inscription indique qu’il était SACERDOS ROM(ae) ET AVG(usti) (grand prêtre du culte impérial) et qu’il avait financé l’édifice de sua pecunia, « de son propre argent », comme le prouve l’abréviation D.S.P. On a ici à faire à une pratique fréquente : celle de l’évergétisme (du Grec εὐεργετέω / euergetéô signifiant « faire du bien ») qui consiste pour certains membres des classes aisées à accomplir des actes de bienfaisance au profit de la cité dans le cadre municipal : construction de monuments, érection de statues, organisations de spectacles ou ravitaillement de leurs concitoyens. En contrepartie, les évergètes reçoivent l’honos, honneur lié à leur fonction, et la citoyenneté romaine.

Lugdunum aujourd’hui ?

Les vestiges du site archéologique de Lugdunum ont été classés monuments historiques selon la chronologie suivante : l’odéon en 1905, le théâtre en 1933, la citerne en 1960, le « sanctuaire de Cybèle » (considéré ensuite comme une maison à péristyle dite « prétoire d’Agrippa ») en 1983. L’ensemble du site historique de Lyon a été inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998.

Ce qu’en dit Strabon :

 

Τὸ δὲ Λούγδουνον ἐν μέσῳ τῆς χώρας ἐστίν, ὥσπερ ἀκρόπολις, διά τε τὰς συμβολὰς τῶν ποταμῶν καὶ διὰ τὸ ἐγγὺς εἶναι πᾶσι τοῖς μέρεσι. Διόπερ καὶ Ἀγρίππας ἐντεῦθεν τὰς ὁδοὺς ἔτεμε, τὴν διὰ τῶν Κεμμένων ὀρῶν μέχρι Σαντόνων καὶ τῆς Ἀκυιτανίας, καὶ τὴν ἐπὶ τὸν Ῥῆνον, καὶ τρίτην τὴν ἐπὶ τὸν ὠκεανόν, τὴν πρὸς Βελλοάκοις καὶ Ἀμβιανοῖς, τετάρτη δ' ἐστὶν ἐπὶ τὴν Ναρβωνῖτιν καὶ τὴν Μασσαλιωτικὴν παραλίαν

 

Comme la ville de Lugdunum s'élève au centre même de la Gaule et que, par sa situation au confluent de deux grands fleuves et à proximité des différentes parties de la contrée, elle en est pour ainsi dire l'acropole ou la citadelle, Agrippa l'a choisie pour en faire le point de départ des grands chemins de la Gaule, lesquels sont au nombre de quatre et aboutissent, le premier, chez les Santons et en Aquitaine, le second au Rhin, le troisième à l'Océan et le quatrième dans la Narbonnaise et à la côte des Massaliotes. 

 

Strabon, Géographie, VX, 6, 11, traduit par Amédée TARDIEU, 1867

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  • Classe de seconde : Le monde méditerranéen : empreintes de l’Antiquité et du Moyen-Âge

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  • L’Empire gréco-romain
  • Les colonies romaines
  • Les Barbares
  • La fondation d’une cité
  • Les monuments romains
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