Athéna, déesse grecque de la guerre et de la sagesse

Ses fonctions, attributs et épithètes

Athéna (Ἀθηνᾶ / Athenâ) est une déesse grecque antique, identifiée à Minerve chez les Romains. Elle fait partie des douze Olympiens. Il s’agit d’une déesse complexe aux multiples facettes : déesse de la guerre et en particulier de la stratégie militaire, mais aussi des Arts de la Paix, protectrice des héros, déesse de la Sagesse et de la Raison comme patronne des artisans et des tisserands.

Ses attributs sont la lance, le casque et l’égide, attribut qu’elle a en commun avec Zeus et qui est une sorte de cuirasse en peau de chèvre. Sur son bouclier ou bien au centre de son égide, selon les versions, elle a fixé la tête de la Gorgone que lui a donnée Persée une fois qu’il l’eut décapitée et qui a la propriété de changer en pierre ceux qui la regardent. L'animal qui l'accompagne est la chouette. Son arbre est l’olivier.

L’étymologie du nom de la déesse reste obscure. Quand certains y voient une origine minoenne, d’autres, se fondant sur Hérodote (Enquêtes, II, 62), l’identifient à la déesse égyptienne de Saïs, Neith. D’autres encore, prenant appui sur Plutarque, l’assimilent à la déesse perse Anahita.

Platon donne une explication de son nom. Voici ce qu’en dit Socrate dans le Cratyle (407a, b et c) :

Ἐοίκασι δὴ καὶ οἱ παλαιοὶ τὴν Ἀθηνᾶν νομίζειν ὥσπερ οἱ νῦν περὶ Ὅμηρον δεινοί. Καὶ γὰρ τούτων οἱ πολλοὶ ἐξηγούμενοι τὸν ποιητήν φασι τὴν Ἀθηνᾶν αὐτὸν νοῦν τε καὶ διάνοιαν πεποιηκέναι, καὶ ὁ τὰ ὀνόματα ποιῶν ἔοικε τοιοῦτόν τι περὶ αὐτῆς διανοεῖσθαι, ἔτι δὲ μειζόνως λέγων θεοῦ νόησιν ὡσπερεὶ λέγει ὅτι  « ἁ θεονόα  »  ἐστὶν αὕτη, τῷ ἄλφα ξενικῶς ἀντὶ τοῦ ἦτα χρησάμενος καὶ τὸ ἰῶτα καὶ τὸ σῖγμα ἀφελών. Ἴσως δὲ οὐδὲ ταύτῃ, ἀλλ᾽ ὡς τὰ θεῖα νοούσης αὐτῆς διαφερόντως τῶν ἄλλων  « Θεονόην  »  ἐκάλεσεν. Οὐδὲν δὲ ἀπέχει καὶ τὴν ἐν τῷ ἤθει νόησιν ὡς οὖσαν τὴν θεὸν ταύτην  « Ἠθονόην  »  μὲν βούλεσθαι προσειπεῖν· παραγαγὼν δὲ ἢ αὐτὸς ἤ τινες ὕστερον ἐπὶ τὸ κάλλιον ὡς ᾤοντο,  « Ἀθηνάαν  »  ἐκάλεσαν.

Je crois que les anciens ont eu sur Athéné la même idée que ceux qui se piquent aujourd’hui de bien entendre Homère. La plupart d’entre eux disent que leur auteur a fait de cette divinité la pensée et l’intelligence même ; et celui qui a fait les noms paraît être entré dans le même sens, et plus avant encore, en l’appelant pensée de Dieu, νόησις Θεοῦ, comme qui dirait la Théonoé, ἁ Θεονόα, en ajoutant un ά au lieu de (la), suivant un dialecte étranger, et en retranchant le ε et l’ι de νόησις. Peut-être aussi ne l’a-t-il appelée Théonoé que parce qu’elle possède excellemment la connaissance des choses divines, θεῖα νοούση. Il n’est pas impossible non plus qu’on l’ait voulu appeler Êthonoé, comme étant la raison, l’intelligence dans les mœurs, νοήσις ἐν τῷ ἤθει. Ainsi l’inventeur de ce mot ou ceux qui l’ont suivi, en faisant quelques changements pour la grâce de la prononciation, en seront venus à dire Athéné.

L’hypothèse la plus retenue est qu’elle tire son nom de la cité d’Athènes où elle était adorée. En effet, il n’était pas rare qu’une cité donne son nom à la déesse à laquelle elle voue un culte particulier. Toutefois, est-ce le nom d’Athéna qui vient de celui de la cité d’Athènes ou l’inverse ? Le sens de l’influence reste source d’interrogations.

Elle possède de nombreuses épithètes qui soulignent sa personnalité ou ses domaines de prédilection : Pallas, Nikè (la victorieuse), Promachos (la première au combat), Parthenos (la jeune fille), Polias (la gardienne de la ville), Pronoia (la prévoyante)… Dans l’Iliade et l’Odyssée, Athéna est décrite comme θεὰ γλαυκῶπις Ἀθήνη / théa glaukopis Athene / Athéna, la déesse aux yeux pers, couleur assez indéfinissable dans laquelle le bleu domine mais tire vers d’autres couleurs. Si la couleur réelle des yeux de la déesse reste mystérieuse, l’épithète homérique souligne leur brillance en les opposant aux yeux doux et humides d’Aphrodite.

Une naissance exceptionnelle

Athéna est la fille de Zeus et Métis, une Océanide personnifiant la Sagesse et la Ruse. Zeus avale Métis, enceinte de Zeus et sur le point d’avoir une fille. Il agit sur le conseil d’Ouranos et de Gaia qui lui révèlent que Métis aura plus tard un garçon qui lui enlèvera l’empire du ciel. Quelques temps après, alors que le moment de la délivrance est arrivé et qu’il se trouve près du lac Tritonis en Libye, Zeus ressent de violents maux de tête. Il ordonne alors à Héphaïstos de lui fendre la tête d’un coup de hache. De son crâne jaillit Athéna, toute armée, brandissant sa lance et son bouclier et poussant un cri de guerre. Hésiode nous rapporte cette naissance extraordinaire dans la Théogonie :

Αὐτὸς δ' ἐκ κεφαλῆς γλαυκώπιδα γείνατ' Ἀθήνην, δεινὴν ἐγρεκύδοιμον ἀγέστρατον ἀτρυτώνην πότνιαν, ἧι κέλαδοί τε ἅδον πόλεμοί τε μάχαι τε· 

Mais il [Zeus] fit sortir de sa propre tête Tritogénie aux yeux bleus, cette terrible Pallas, ardente à exciter le tumulte, habile à guider les armées, toujours infatigable, toujours digne de respect, toujours avide de clameurs, de guerres et de combats.

Une déesse vierge

Athéna est une déesse restée vierge. Elle défend d’ailleurs farouchement sa virginité. Tirésias en a subi les conséquences. On raconte qu’il a vu la déesse nue alors qu’elle se baignait avec la nymphe Chariclo. Pour cette indiscrétion, elle le rend aveugle tout en lui attribuant le don de prophétie, en guise de dédommagement.

On raconte qu’elle eut tout de même un fils dans des circonstances bien particulières. Alors qu’elle rend visite à Héphaïstos dans sa forge pour se procurer des armes, le dieu, délaissé par Aphrodite, s’éprend d’elle et la poursuit. Elle s’enfuit ; toutefois Héphaïstos parvient à la prendre dans ses bras. Elle se débat et résiste mais, dans son désir, le dieu mouille de sa semence la jambe de la déesse. En proie au dégoût, elle s’essuie avec de la laine et lance la souillure sur la terre qui est alors fécondée. C’est ainsi que naît Erichthonios que la déesse considère comme son fils, qu’elle élève et qui est l’un des premiers rois d’Athènes.

Athéna, déesse de la guerre

Athéna contre les Géants

Athéna joue un rôle important dans la Gigantomachie, la guerre qui oppose Zeus aux Géants. Après que Zeus, vainqueur de la Titanomachie, a enfermé les Titans dans le Tartare, Gaïa, leur mère, déclare la guerre aux dieux de l’Olympe et envoie ses fils, les Géants, pour les combattre. Athéna combat le Géant Pallas qu’elle tue : elle l’écorche et fait de sa peau une cuirasse. C’est une des versions expliquant l’usage de l’épithète dont elle est très fréquemment qualifiée, Pallas. Elle se mesure aussi au Géant Encelade qu’elle poursuit jusqu’en Sicile. Elle l’immobilise en lançant l’île entière sur lui et l’enterre ainsi sous l’Etna.

Athéna, figure majeure de la guerre de Troie et de l’Iliade

Son rôle dans la guerre de Troie est central puisqu’elle est l’une des trois déesses dont la querelle conduit au jugement de Pâris et à l’organisation de l’expédition grecque contre Ilion. En effet, lors des noces de Thétis et Pélée, elle se dispute avec Héra et Aphrodite pour obtenir la pomme d’or lancée par Éris, déesse de la Discorde, et portant l’inscription « Pour la plus belle ». Comme personne n’ose trancher, Zeus charge Hermès de conduire les trois déesses sur le mont Ida où le prince de Troie, Pâris, devra donner la pomme à l’une des trois. À l’instar d’Héra qui propose au prince l’empire de l’Asie tout entière ou d’Aphrodite qui lui offre l’amour de la très belle Hélène de Sparte, Athéna lui promet la sagesse et la victoire dans tous les combats. Pâris choisit Aphrodite, enlève Hélène et provoque ainsi la guerre de Troie. Dans ce conflit, Athéna, méprisée et humiliée par Pâris, prend logiquement position pour les Grecs, contre les Troyens.

C’est ainsi que, dans l’Iliade, Athéna est l’alliée constante des Grecs. Sa présence émaille de part en part le texte homérique où elle est une divinité constamment dans l’action. Dès le chant I, quand Achille annonce vouloir tuer Agamemnon parce qu’il lui a pris sa captive Briséis, elle intervient pour le convaincre de ne pas le faire. Au chant II (vers 445-452), c’est elle qui entraîne les Achéens sur le champ de bataille :

Οἳ δ᾽ ἀμφ᾽ Ἀτρεΐωνα διοτρεφέες βασιλῆες
θῦνον κρίνοντες, μετὰ δὲ γλαυκῶπις Ἀθήνη
αἰγίδ᾽ ἔχουσ᾽ ἐρίτιμον ἀγήρων ἀθανάτην τε,
τῆς ἑκατὸν θύσανοι παγχρύσεοι ἠερέθονται,
πάντες ἐϋπλεκέες, ἑκατόμβοιος δὲ ἕκαστος·
σὺν τῇ παιφάσσουσα διέσσυτο λαὸν Ἀχαιῶν
ὀτρύνουσ᾽ ἰέναι· ἐν δὲ σθένος ὦρσεν ἑκάστῳ
καρδίῃ ἄλληκτον πολεμίζειν ἠδὲ μάχεσθαι.

Les rois issus de Jupiter quittent le fils d'Atrée et courent ranger les soldats en bataille ; près d'eux se tient Athéna aux yeux pers portant la superbe égide, immortelle et incorruptible, à laquelle sont suspendues cent franges d'or pur, merveilleusement tissues, et chacune du prix de cent bœufs. Munie de cette égide, elle s'élance avec impétuosité, parcourt les bataillons des Grecs, les excite à marcher et réveille dans le cœur du peuple l'amour de la guerre et l'ardeur des combats. 

Au chant IV, elle soutient de façon très ostensible Ménélas. Elle incite d’abord le Troyen Pandaros à attaquer Ménélas, ce qui lui permet de sauver l’Atride de façon spectaculaire, en détournant la flèche décochée. Ménélas blessé, Agamemnon harangue violemment ses troupes pour engager des combats encore plus farouches. Dans le combat qui s’ensuit, c’est Athéna qui mène l’armée achéenne (vers 514-516) :

αὐτὰρ Ἀχαιοὺς
ὦρσε Διὸς θυγάτηρ κυδίστη Τριτογένεια
ἐρχομένη καθ᾽ ὅμιλον, ὅθι μεθιέντας ἴδο
ιτο.

Quant aux Achéens, la fille glorieuse de Zeus, Tritogénie, les animait, parcourant leur foule, là où elle les voyait se relâcher. 

Elle assiste également Diomède à de nombreuses reprises au cours de l’épopée. Ainsi au chant V (vers 826-828), elle affiche très clairement son soutien au héros par ces paroles :

Τυδεΐδη Διόμηδες ἐμῷ κεχαρισμένε θυμῷ
μήτε σύ γ᾽ Ἄρηα τό γε δείδιθι μήτε τιν᾽ ἄλλον
ἀθανάτων, τοίη τοι ἐγὼν ἐπιτάρροθός εἰμι·

Fils de Tydée, Diomède, ami cher à mon cœur, garde-toi de craindre le dieu Mars et les autres divinités de l'Olympe : je te soutiens et je te protège. 

Après quoi, elle n’hésite pas à prendre la place du cocher de Diomède, Sthénélos, et à conduire elle-même l’attelage ! Ce geste montre qu’Athéna est prête à tout pour obtenir la victoire, même à endosser le rôle de cocher, une fonction socialement inférieure et a priori indigne d'une divinité.

Elle est très fréquemment présente aux côtés d’Achille. Au chant XVIII, quand, privé de ses armes, il veut chasser les Troyens, elle jette sur ses épaules l'égide frangée et elle lui confère une apparence extraordinaire. Au chant XIX, elle fait couler du nectar et de l'ambroisie dans le cœur du héros, afin qu'il ne souffre pas de la faim. Au chant XX, elle détourne d'Achille la pique d'Hector. Enfin elle aide Achille à tuer le fils de Priam au chant XXII.

Une déesse du Panthéon grec

Dans le Panthéon grec, Athéna tient une place de choix. Elle est la fille de Zeus et semble lui être très liée. Face à son père, elle affiche une soumission apparente. Pourtant il lui arrive de le critiquer et de lui désobéir, comme au chant VIII de l’Iliade, lorsque accompagnée d’Héra, elle s’élance sur le champ de bataille pour secourir les Grecs, bravant l’interdiction de Zeus. Ce dernier lui fait savoir sa désapprobation et les deux déesses finissent par obéir au Cronide. Le chant I de l’liade évoque aussi un complot contre Zeus auquel Athéna a participé. Au vers 398 et suivants, Thétis rappelle que, seule, elle a défendu Zeus contre les Olympiens qui voulaient l'enchaîner ; trois membres du complot sont cités, qui semblent être les meneurs : Ἥρη τ᾿ ἠδὲ Ποσειδάων καὶ Παλλὰς Ἀθήνη· / Héra, Poséidon et Pallas Athéna (vers 400).

Athéna semble bien s’entendre avec Héra, ce qui est une conséquence du jugement du Pâris. Souvent dans l’Iliade, elles agissent de concert. Au chant IX de l’Iliade, dans son discours à Achille, Ulysse rappelle les conseils que Pélée donnait à son jeune fils : κάρτος μὲν Ἀθηναίη τε καὶ Ἥρη / δώσουσ᾽ αἴ κ᾽ ἐθέλωσι, / la victoire, ce sont Athéna et Héra qui te l'octroieront, si elles le veulent (vers 254-255). Héra, en temps qu’épouse de Zeus, est χρυσόθρονος / chrusothronos / celle qui siège sur un trône d’or. Elle est donc moins dans l’action qu’Athéna qu’elle charge souvent d’intervenir plus directement. Mais si la démarche diffère, leurs intérêts sont communs.

À l’inverse, Athéna déteste Aphrodite, la déesse à qui Pâris a choisi de donner la pomme d’or. Ainsi quand, au chant V de l’Iliade, Aphrodite veut sauver son fils Énée qui se trouve en grand danger, Athéna encourage Diomède à frapper la déesse. Blessée, celle-ci s'enfuit sur l'Olympe où elle est réconfortée par Zeus et par sa mère Dioné. Plus loin, au chant XXI, Héra encourage Athéna à frapper Aphrodite qui veut secourir Arès. Pallas s’élance χαῖρε δὲ θυμῷ / chairé dé thumô / la joie au coeur (vers 423) pour frapper Aphrodite d’un coup violent : la déesse de l’amour est ainsi projetée à terre, où elle retrouve Arès.

Athéna entretient aussi des relations conflictuelles avec Arès et Apollon. Elle combat Arès au chant XXI et le fait tomber de tout son long. Quant à Apollon, elle ne l’affronte jamais directement mais leur opposition est réelle et visible notamment au cours des Jeux funéraires en l’honneur de Patrocle et plus précisément au moment de la course de char (chant XXIII). C’est le protégé d’Athéna, Diomède qui l’emporte sur Eumèle, aidé par Apollon et sur Ménélas, proche d’Arès.

Athéna, déesse de la raison et de l’intelligence

Athéna est la déesse de l’activité intelligente et, à ce titre, elle protège les fileuses, les tisserands et les brodeuses. C’est elle qui dirige les travaux féminins. Ainsi, dans l’Odyssée, le prétendant Antinoos rappelle au chant II que Pénélope a été instruite par Athéna et que c’est sur les conseils rusés de celle-ci qu’elle tisse et détisse quotidiennement son ouvrage pendant trois ans.

La légende d’Arachné illustre cette facette de la déesse. Arachné, ancienne élève d’Athéna et passée maîtresse dans l’art de tisser et de broder, entreprend de défier la déesse. Athéna relève le défi, tout en invitant Arachné à plus de modestie. Mais celle-ci insulte la déesse. Athéna fait une tapisserie représentant les douze dieux de l’Olympe dans toute leur majesté et quatre épisodes montrant la défaite de mortels qui avaient osé défier les dieux. Quant à elle, Arachné choisit de représenter sur son travail les amours des dieux qui ne leur font pas honneur. Même si la qualité de son travail est indiscutable, Athéna est folle de rage : elle déchire la tapisserie et frappe Arachné. Humiliée, cette dernière se pend mais Athéna ne lui permet pas de mourir et la transforme en araignée, vouée à filer et tisser.

Athéna passe pour avoir inventé le quadrige et le char de guerre. Elle participe à la construction du cheval de Troie, en aidant Epeios (Odyssée, chant VIII, vers 493). Elle préside aussi à la construction du navire Argo, le plus grand et plus rapide navire de tous les temps. Ce navire a été construit à Paragase en Thessalie, par Argos avec l’aide d’Athéna. Alors que le bois utilisé pour la construction provenait du Pélion, la pièce de proue a été apportée par la déesse. Il s’agit d’un morceau de chêne sacré de Dodone, taillé par Athéna elle-même. La déesse dote cette proue de la parole de telle sorte qu’elle est capable de prophétiser.

Athéna est enfin considérée comme celle qui a inventé l’huile d’olive, apportant ainsi un bienfait certain aux hommes.

Une déesse poliade

Athéna était souvent prise comme protectrice et patronne par les villes. Elle avait des temples dans les villes de Sparte, Mégare, Argos… À Troie, elle recevait un culte particulier, en étant honorée sous la forme d’une très vieille idole appelée Palladion et censée garantir l’intégrité et la survie de la ville. C’est pour cette raison que Diomède et Ulysse s’empressent de s’en emparer dès leur arrivée nocturne à Troie.

Mais c’est bien sûr à la ville d’Athènes que la déesse est tout particulièrement liée. Elle doit se battre contre Poséidon pour obtenir la souveraineté sur l’Attique. Chaque dieu offre alors aux habitants un cadeau. C’est ainsi que Poséidon, d’un coup de trident, fait jaillir un lac salé sur l’Acropole, alors qu’Athéna y fait pousser un olivier. Les Olympiens sont consultés et décident que l’olivier est préférable. Athéna obtient alors la souveraineté sur l’Attique. Les Athéniens vont honorer la déesse en faisant construire le Parthénon sur leur Acropole et en organisant les Panathénées, une fête religieuse en son honneur et fondée par le roi mythique Erichthonios.

Athéna, protectrice d’Héraclès

Athéna protège à de nombreuses reprises Héraclès dans la bataille. Apollodore nous rapporte que c’est Athéna lui-même qui l’arme dans son conflit contre Erginos (Bibliothèque, II, 4, 11). Elle lui donne aussi un peplos (tunique) à cette occasion. L’enjeu du conflit est de libérer Thèbes du tribut imposé par Erginos depuis qu’il a vaincu Créon : donner tous les ans pendant vingt ans cent têtes de bétail.

Athéna aide Héraclès à accomplir certains des douze travaux. Hésiode nous précise qu’Héraclès arrive à vaincre l’Hydre de Lerne sur les conseils d’Athéna (Théogonie, 29). Selon Apollodore (Bibliothèque, Livre II, 2, 5, 6 et 11), Athéna donne à Héraclès des castagnettes de bronze qu’elle a reçues d’Héphaïstos pour effrayer les oiseaux du lac Stymphale et pouvoir les tuer plus aisément en leur lançant des flèches. La proximité entre Athéna et Héraclès est visible aussi lorsqu’il s’agit de rapporter les pommes d’or du jardin des Hespérides puisque le héros les donne à la déesse, lorsque Eurysthée les lui rend. Athéna les restitue ensuite aux Hespérides car les pommes ne peuvent être ailleurs, selon la loi divine (Bibliothèque, Livre II, 2, 5, 11).

Athéna est aussi aux côtés du héros dans son expédition contre Pylos. Il combat alors Périclymenos, qui est le fils de Poséidon et qui a reçu comme don de son père de se transformer en n’importe quel animal. Face à Héraclès, il prend la forme d’une abeille. Athéna avertit Héraclès que l’abeille à côté de lui est son ennemi, ce qui lui permet de le tuer d’une flèche.

Athéna, déesse incontournable de l’Odyssée

Déjà très présente dans l’Iliade, Athéna occupe une place encore plus marquée dans l’Odyssée où elle se manifeste en se déguisant et en prenant de multiples apparences tout au long de l’épopée. Elle est toujours du côté d’Ulysse et de sa famille, en particulier de Pénélope et de Télémaque, qu’elle favorise autant qu’elle le peut.

Dans la Télémachie, elle prend l’apparence de Mentès, souverain de Taphos, au chant I avant de prendre celle de Mentor, habitant d’Ithaque et vieil ami d’Ulysse, aux chants II et III, deux noms formés sur la même racine. Athéna/Mentès, indignée par l’attitude des prétendants, conseille à Télémaque d’aller à Pylos et à Sparte s’entretenir avec Nestor et Ménélas pour essayer de glaner des informations sur le sort d’Ulysse puis de revenir à Ithaque pour se débarrasser d’eux. Déguisée en Mentor, elle aide Télémaque à quitter Ithaque, elle l’encourage et le seconde chez Nestor, à Pylos. Au chant XV, la déesse apparaît, de nuit, à Télémaque en proie à une insomnie et l’invite à rentrer le plus vite à Ithaque pour sauver son patrimoine et empêcher le remariage de sa mère. Elle lui indique alors comment ne pas tomber dans l’embuscade que lui tendent les prétendants à son arrivée.

Athéna veille également sur Pénélope : elle la protège, allège sa peine et calme son inquiétude en lui envoyant à plusieurs reprises « un doux sommeil » (γλυκὺν ὕπνον / glukun hupnon). Au chant XVIII, elle suscite chez Pénélope l’envie d’apparaître devant les prétendants et elle profite de son sommeil pour l’apprêter en l’ornant de dons divins afin qu’elle apparaisse sous son meilleur jour.

Mais Athéna est surtout la protectrice d’Ulysse. Déjà à Troie, elle le favorise comme le précise Nestor à Télémaque au chant III, vers 218- 224 :

Εἰ γάρ σ᾽ ὣς ἐθέλοι φιλέειν γλαυκῶπις Ἀθήνη,
ὡς τότ᾽ Ὀδυσσῆος περικήδετο κυδαλίμοιο
δήμῳ ἔνι Τρώων, ὅθι πάσχομεν ἄλγε᾽ Ἀχαιοί
οὐ γάρ πω ἴδον ὧδε θεοὺς ἀναφανδὰ φιλεῦντας,
ὡς κείνῳ ἀναφανδὰ παρίστατο Παλλὰς Ἀθήνη -
εἴ σ᾽ οὕτως ἐθέλοι φιλέειν κήδοιτό τε θυμῷ,
τῶ κέν τις κείνων γε καὶ ἐκλελάθοιτο γάμοιο.

Si Minerve aux yeux d'azur voulait t'aimer comme autrefois elle aima le vaillant Ulysse au milieu du peuple troyen, où les Grecs souffrirent de cruelles douleurs (car jamais je ne vis les dieux protéger ouvertement un héros comme Minerve protégea ton père), si vraiment elle voulait ainsi te chérir et te porter dans son âme, alors chacun de ces prétendants oublierait bientôt ses idées de mariage.

Alors qu’Ulysse et les autres Grecs sont dans le cheval de Troie et qu’il retient ses compagnons de céder à l’appel d’Hélène imitant les voix de leurs femmes, elle emmène Hélène et permet ainsi à l’embuscade de se dérouler selon le plan prévu.

Dès le chant I, elle intervient en faveur d’Ulysse lors de l’assemblée des dieux. Elle convainc Zeus qu’il n’est plus possible qu’Ulysse continue à demeurer chez Calypso et elle lui demande expressément d’envoyer Hermès annoncer sa volonté à la nymphe. Ensuite au chant V, elle profite de l’inattention de Poséidon qui a déclenché une tempête pour calmer la mer et permettre à Ulysse de s’échouer sur l’île des Phéaciens. Elle l’endort au moment où il aborde l’île. Au chant VI, quand Ulysse, lavé et habillé, se présente devant Nausicaa, elle le fait apparaître plus beau, plus grand et plus fort. Par la suite, quand Ulysse se dirige vers le palais d’Alcinoos, elle fait en sorte qu’il ne soit pas reconnu en l’enveloppant d’une nuée épaisse et se déguise en petite fille afin de lui révéler des informations essentielles. Au chant VIII, c’est sous la forme du héraut d’Alcinoos qu’elle se manifeste pour inciter les Phéaciens à venir voir Ulysse. Lors du concours de jet de disque, elle prend la forme d’un jeune homme pour faire remarquer que le lancer de son protégé surpasse celui des autres. Une fois qu’Ulysse est rentré à Ithaque, elle prend l’apparence d’un jeune berger puis, sous des traits féminins, se fait connaître du héros, lui indique qu’il est revenu dans son île et l’aide à dissimuler les richesses données par les Phéaciens. Chez Eumée, elle se rend visible d’Ulysse sous la forme d’une grande et belle femme, artiste en beaux ouvrages. Au moment où Ulysse et Télémaque massacrent les prétendants au chant XXII (vers 205-207), elle leur apparaît déguisée en Mentor. Avant de se faire reconnaître par Pénélope, Ulysse prend un bain et Athéna verse sur lui la beauté, afin de faciliter les retrouvailles des époux.

Si l’aide d’Athéna envers Ulysse semble indiscutable, il est pourtant intéressant de noter qu’elle n’est pas présente à toutes les étapes du retour du héros. Elle est en effet curieusement absente pendant tout le périple d’Ulysse et elle n’intervient réellement qu’après son départ de chez Calypso. D’ailleurs, Ulysse l’invoque sans effet dans la grotte du cyclope Polyphème et souligne son absence au chant XIII vers 316-319 :

Αὐτὰρ ἐπεὶ Πριάμοιο πόλιν διεπέρσαμεν αἰπήν,
βῆμεν δ᾽ ἐν νήεσσι, θεὸς δ᾽ ἐκέδασσεν Ἀχαιούς,
οὔ σέ γ᾽ ἔπειτα ἴδον, κούρη Διός, οὐδ᾽ ἐνόησα
νηὸς ἐμῆς ἐπιβᾶσαν, ὅπως τί μοι ἄλγος ἀλάλκοι
ς.

Cependant lorsque nous eûmes ravagé la haute ville de Priam, que nous fûmes montés sur nos vaisseaux et qu'un dieu eut dispersé les Achéens, je cessai de t'apercevoir, ô fille de Jupiter, et je ne te vis point entrer dans mon navire pour éloigner de moi tout danger. 

Athéna se justifie alors en disant n’avoir pas voulu lutter contre Poséidon. Une autre explication viendrait du fait qu’Athéna, à l’instar des autres dieux, n’a pas envie d’aller aux confins du monde où Ulysse vit ses aventures. C’est d’ailleurs bien Hermès, le dieu psychopompe, qui est envoyé chez Calypso (chant V) et chez Circé (chant X) et non la fille de Zeus. Elle ne reprend son rôle de protectrice d’Ulysse que quand il revient vers le monde réel, chez les Phéaciens, dont le royaume se trouve à la frontière entre les deux mondes.

Une fois le départ de chez Calypso acté, elle est là à toutes les étapes du retour d’Ulysse. Grâce à sa protection sans failles, il réintègre son humanité, retrouve sa place de mari, de père et de roi d’Ithaque. Le rôle d’Athéna dans la quête existentielle d’Ulysse est par conséquent fondamental.

Ce qui est chanté dans l’Odyssée

 

Ἀλλά μοι ἀμφ' Ὀδυσῆϊ δαΐφρονι δαίεται ἦτορ,
δυσμόρῳ, ὃς δὴ δηθὰ φίλων ἄπο πήματα πάσχει
νήσῳ ἐν ἀμφιρύτῃ, ὅθι τ' ὀμφαλός ἐστι θαλάσσης,
νῆσος δενδρήεσσα, θεὰ δ' ἐν δώματα ναίει,
Ἄτλαντος θυγάτηρ ὀλοόφρονος, ὅς τε θαλάσσης
πάσης βένθεα οἶδεν, ἔχει δέ τε κίονας αὐτὸς
μακράς, αἳ γαῖάν τε καὶ οὐρανὸν ἀμφὶς ἔχουσι.
Τοῦ θυγάτηρ δύστηνον ὀδυρόμενον κατερύκει,
αἰεὶ δὲ μαλακοῖσι καὶ αἱμυλίοισι λόγοισι
θέλγει, ὅπως Ἰθάκης ἐπιλήσεται· αὐτὰρ Ὀδυσσεύς,
ἱέμενος καὶ καπνὸν ἀποθρῴσκοντα νοῆσαι
ἧς γαίης, θανέειν ἱμείρεται. Οὐδέ νυ σοί περ
ἐντρέπεται φίλον ἦτορ, Ὀλύμπιε ;

 

Mais mon cœur est dévoré de chagrin en pensant au sage Ulysse, à cet infortuné qui, depuis longtemps, souffre cruellement loin de ses amis, dans une île lointaine, entouré des eaux de la mer. C'est dans cette île ombragée d'arbres qu'habite une déesse, la fille du malveillant Atlas, de celui qui connaît toute la profondeur des mers et porte les hautes colonnes qui soutiennent la terre et les cieux. Sa fille retient ce malheureux versant des larmes amères : elle le flatte sans cesse par de douces et par de trompeuses paroles pour lui faire oublier Ithaque ; mais Ulysse, dont le seul désir est de voir s'élever dans les airs la fumée de sa terre natale, désire la mort. Et ton cœur n'est pas ému, ô puissant roi de l'Olympe !

 

Homère, Odyssée, Chant I, vers 44 à 60, traduit par E. Bareste

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  • Classe terminale : Méditerranée, présence des mondes antiques
     

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  • Guerre et paix entre dieux et mortels, comprendre ce qui rassemble et divise

CLASSES MARE NOSTRUM

  • La Méditerranée, carrefour linguistique et culturel de l’Antiquité à nos jours

Liens avec les programmes d'autres disciplines

Le programme d'Histoire-Géographie

  • Collège Cycle 3 : Récits fondateurs, croyances et citoyenneté dans la Méditerranée antique au Ier millénaire avant J-C.
  • Classe de seconde : Le monde méditerranéen : empreintes de l’Antiquité et du Moyen-Âge
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