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Je souhaiterais simplement ajouter deux mots, car j’ai beaucoup admiré la performance de ma collègue. Il y a un discours ici d’adhésion lyrique et en même temps clairvoyant à ce qui est dit. J’ai beaucoup appris pendant la communication de Pascal, parce que je ne suis pas helléniste comme tu l’es, donc j’ai l’impression d’être dans la situation d’écolier. Donc je vais essayer de passer de cette situation à celle d’apprenti pédagogue. C’est vrai qu’on a entendu deux interventions absolument remarquables, on n’ose pas applaudir, mais c’était très très beau.

Je rebondis un tout petit peu sur le parallèle avec La Rochefoucauld. Vous êtes enseignants, formateurs, je ne sais pas, vous avez peut-être des élèves. Si certains d’entre vous veulent entrer par ce biais là dans la poésie de Char, par le biais d’exemples très précis, puisque Marie-Françoise a cité cet aphorisme célèbre « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » (on a des rayons de soleil qui arrivent en même temps par la fenêtre, c’est formidable), il me semble qu’il y a tout un travail à faire avec des lycéens sur le parallèle avec la maxime célèbre de La Rochefoucauld (que je cite de mémoire) : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ».

Il s’agit de montrer évidemment la parenté, qu’a soulignée Marie-Françoise : la forme resserrée, condensée, et à travers cette forme, tout le matériau grammatical qui est l’efficacité même de la formule, les déterminants, le substantif abstrait, le présent omnitemporel, l’aspect très assertif de la formule, et en même temps, l’aspect brillant. C’est le cas de le dire des deux propos, pour des raisons rhétoriques qu’on peut chaque fois analyser. On a deux éléments forts de rhétorique, le zeugme, le double sens du verbe « regarder » chez La Rochefoucauld, la métaphore attributive, étrange et paradoxale, renforcée par le superlatif chez René Char.

En même temps, il y a effectivement lyrisme chez Char là où il n’y a pas lyrisme chez La Rochefoucauld. Alors je ne sais pas si on peut le faire comprendre aux élèves, mais la formule de La Rochefoucauld, c’est une abstraction « déceptive ». Je reprends les termes de Roland Barthes dans son article célèbre. C’est la formule resserrée qui mime le resserrement du cœur, dit Roland Barthes. Il y a peut-être l’aspect métrique, ou poétique, mais il y a quelque chose de contraint, qui empêche le lyrisme même, quelque chose de complètement desséché : chez La Rochefoucauld, le refus de l’émotion, le refus de l’expansion, le refus même de divers sens. Et il me semble qu’une formule aussi célèbre que « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil », c’est exactement l’inverse, car c’est une formule d’un fort lyrisme charnel, c’est une formule qui est riche de signifiance (comme on dirait aujourd’hui), de sens multiples. Marie-Françoise en a proposé un très beau en note, en disant que le soleil, c’est aussi ce qui cicatrise, et il y a aussi ce sens là. De plus, c’est une formule qui est tout sauf déceptive, c’est une formule d’espérance, de confiance, d’optimisme, de « chant du monde », pour utiliser une formule de Giono, contrairement à la formule de La Rochefoucauld.

Il y a, sur quelques aphorismes précis, un travail intéressant à mener sur les différences entre l’aphorisme du moraliste et celui du poète, qui est toujours ouvert, comme tu l’as magnifiquement montré.

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